On n'a pas oublié les émouvants dessins que Géo Ham rapporta d'un stage à bord de l'avion Aéropostale-II quelques jours avant que le petit bâtiment fît naufrage. C'est, disions-nous, au cours d'un grand reportage sur la ligne aérienne postale Toulouse-Santiago que l'artiste avait exécuté ces croquis. et nous nous promettions de publier plus tard son carnet de route.

Geo Ham raconte que, s'apprêtant un jour à envoyer une lettre « par avion» au Chili, il eut la vision de l'immense chevauchée qu'allait accomplir ce bout de papier à travers les airs et les mers: en une semaine, parcourant près de 20.000 kilomètres et touchant trois continents, cette lettre franchirait le désert et l'Atlantique, les cimes rocheuses et les pampas ; elle subirait alternativement la tempête, le simoun et les bourrasques de neige... Pendant huit jours et huit nuits, des hommes lutteraient obscurément pour porter, au péril de leur vie, à l'autre extrémité du monde cette missive peut-être insignifiante : et cela ne constituerait point un raid homologué, mais la performance normale d'un service postal régulier.

Alors Geo Ham eut le désir de connaître les héros de cet effort quotidien, c'est-à-dire de partager leurs fatigues et leurs angoisses en montant à bord de leur avion. Or, les appareils n'étant pas aménagés pour recevoir des passagers, il ne fallait point songer à faire le voyage en touriste; et c'est pourquoi notre hardi collaborateur dut se substituer à un sac de courrier dans le fond de la carlingue: « enregistré » donc comme un simple colis, c'est dans des conditions exceptionnelles d'inconfort qu'il accomplit les 35.000 kilomètres du trajet Paris - Santiago - Paris.

Et ce sont ses notes et dessins crayonnés au hasard des vols et des étapes que nous voyons aujourd'hui; ils constituent un film curieux où se côtoient les paysages les plus hétéroclites, les peuples les plus divers.

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